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Bits ou papier: un faux dilemme
Coordinateur: Luis Angel Fernández Hermana

"Les moyens de communication en papier que l’on connaît vont bientôt ne faire partie que de l’histoire", Negroponte dixit. Cette frase hors contexte et peu fortunée a enflammé le domaine de la communication et a semé une opposition apparemment insurmontable entre les pro papier et les anti-papier.

Le dilemme est faux parce que la proposition est fausse. La question ne porte point sur le fait que le bit puisse enterrer le papier ou bien sur les possibilités de ce dernier de subsister a n’importe qu’elle modification technologique qui s’introduise dans la distribution de l’information, mais plutôt sur le genre d’entreprise qui va se développer avec la communication digitale et sur le type d’entreprise où va subsister la communication sur papier. Sur cela, comme le montre l’histoire récente, il n’y a pas de droits acquis mais plutôt la capacité de s’adapter aux circonstances changeantes. Cette évolution soulève des défis évidents en ce qui concerne l’organisation dans les entreprises de médias traditionnels, mais également un défi culturel qui va souiller jusqu’au plus profond de la société: nous sommes encrés dans une société bâtie pour opérer en dehors du réseau, ce qui fait que, lorsque celle-ci doit le joindre, elle est obligée de faire face à un public très divers qui agit suivant des intérêts très différents de ceux que montrent leurs clients habituels, aussi bien du point de vue de l’offre d’information que de celui de la fidélité aux titres. Cette offre, met en capsule, pour l’instant, tous les ingrédients du multimédia, i.e., une grande circulation, une certaine facilité pour personnaliser et moduler les contenus et la vitesse de transmission pour satisfaire la demande que l’usager fait à partir d’une multiplicité de sources d’information.

Si l’on se fonde sur ces présupposés, il est clair que les journaux électroniques personnalisés rivaliseront avec les médias généralistes, et non seulement en ce qui concerne l’adoption de solutions technologiques innovatrices mais surtout pour ce qui est de son organisation, afin de répondre avec une extrême célérité au rythme de changements et innovations qui n’ont pas d’égal dans le monde du papier. Pour se mettre à la hauteur, les moyens de communication traditionnels devront affronter un nouvel éventail de problèmes qui comprennent l’adaptation des structures de l’entreprise et l’organisation du travail au sein de celle-ci ainsi que la manière dont va développer son travail le professionnel de l’information. Ce dernier devra faire la concurrence à un marché de travail aux frontières mal définies –les journalistes du réseau--, c’est pourquoi il devra apprendre de nouvelles façons d’intégrer et présenter l’information dans le cadre des cartiers digitaux émergents.

Ce nouveau scénario de la communication réécrira avec succès l’histoire des entreprises qui possèdent une plus grande capacité d’adaptation aux nouvelles conditions qui leur sont imposées. Les prochaines années verront apparaître de grands empires de la communication papier/bit, papier/bit/papier, bit/papier, bit/bit qui seront complètement nouveaux et vont faire tomber quelques uns des géants bien connus d’aujourd’hui, et non pas à cause des propriétés inhérentes du bit face au papier mais plutôt à cause du manque d’adéquation aux nouvelles conditions établies par les procès émergents de récollection, transformation et diffusion de l’information digitale dans un entourage construit par les réseaux et travaillant de manière interactive.

 
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Maig'98